vendredi 24 juin 2016

N° 26 - L'Enquête La Fumante De Montparnasse

Cette chronique est inutile, car elle ne procure ni gain, ni bénéfice comme au Gros Jules (lequel peut perdre, parfois...) !

Jacques, mieux connu sous le blase de Gros Jules, remorquait quotidiennement ses hanches dans les bars interlopes du boulevard de Clichy. Bellâtre, vantard et lâche, le Gros était connu pour avoir des occupations mal définies. 

Gros Jules charriait ordinairement un boulet du même tonneau que lui, Jules, dit Couenne De Lard à cause d’une large balafre qu’il avait sur la joue droite.

Ce matin-là, paraissant pris de boisson, les deux bestiaux se vantaient Au Beau Séjour de bien connaître René Kern, dit Le Docteur, lequel vendait sa drôle de faune rue du Bistouri : mandrilles, cynocéphales et autres animaux rares.

Entrèrent alors dans le bar Babou et Fiermère, deux officiers de paix qui avaient eu à s’occuper de leur personnalité par le passé.

À l’arrivée des condés, Patricia ou Pat' Calcif, comme tout le monde la connaissait, alerta de son œil de poisson son mari de patron Romain, dit Le Faux Baron.

Le Gros Jules, lui, était déjà retranché au fond du bar.

Fiermère poussa son cri :

- Joue pas les lointains, Gros Jules ! Sors de ton trou, faut qu'on cause !
 

Le Gros n'eut guère le temps de se faire répéter l’invitation que Pat' Calcif se mit à gueuler :

- Hé ! t'amène ton cul, Gros Jules !? Nous, on veut pas de problème, hein !

Le Gros sortit de sa planque et rétorqua :

- Minute, Papillon, j'arrive ! Et puis d'abord, on t'a carillonnée, toi, la radasse ?

L'officier de paix Babou recentra les débats :
 
- Bon ! t'as peut-être pas sonné Pat', Gros Jules, mais nous, on a interrogé le bignole de ton immeuble suite à l'assassinat d'Emile Boîte - enfin... l'assassinat de La Fumante de Montparnasse, si tu préfères [ndr : le surnom de Boîte était dû à la forte odeur de pieds qu'il dégageait]. Et figure-toi qu'il nous a causé de l’artiche qu'il te devait, La Fumante... Il nous a parlé de votre petite baston de la semaine dernière, aussi ; du coup de pied dans les glaouis, tout ça... Puis on a trouvé des morsures plutôt balaises sur la carcasse du bougre... Faudrait peut-être qu'on parle de tout ça avec Le Docteur, d'ailleurs, non !? Qu'est-ce t'en penses, toi ? Bon, enfin ! Tu vois un peu le paysage, mon garçon ! Donc tu vas nous suivre bien gentiment et on va causer un peu...

Après qu'il eut expliqué qu'il ne savait pas du tout de quoi on l'accusait, le Gros Jules fut invité à grimper dans la chignole des condés, qui projeta une belle pelletée de gravillons à la suite d'un joli démarrage en trombe.
Comment ne pas éprouver une certaine nostalgie pour ces scènes de vie quotidienne du boulevard de Clichy ?

Le numéro suivant de CHRONIQUE INUTILE DU VENDREDI (La) vous causera de je-ne-sais-quoi.


vendredi 17 juin 2016

N°25 - Le Citoyen H

Cette chronique est inutile, car elle ne procure ni gain, ni bénéfice. 

Près de soixante-dix ans avant l'été 40, qui vit le jeune Orson Welles débuter le tournage de son premier film dans des studios hollywoodiens, le photographe et réalisateur Français Charles-Émile Reynaud, alors âgé de vingt-neuf ans, rencontre en 1873 William Randolph Hearst, qui n'est alors qu'un enfant de dix ans voyageant à travers l'Europe au bras de sa mère Phoebe.

Reynaud, lui, est alors conférencier scientifique à succès au Puy-en-Velay.

Les circonstances de la rencontre de Reynaud avec le petit William et sa maman sont mal définies. Mais quelques mois plus tard, ainsi qu'en attestent les cahiers du réalisateur, l'homme a jeté des notes assez fournies sur un projet de film auquel il a donné le titre provisoire de : "Le Citoyen H." Le nom "Hearst" apparaît ici et là, en marge des notes du réalisateur.

Le film, tel que le conçoit Reynaud, doit relater le parcours d'un photographe qui mène sa propre enquête, afin de percer le mystère de la mort d’Émile Henri, qui a mis fin à ses jours dans son manoir en Auvergne. Ce dernier est décrit comme un "grand patron de presse" devenu ministre. Il est par ailleurs l'époux de la nièce du président de la République.

Quelques archives laissent à penser que le tournage de ce film aurait débuté, mais qu'il aurait été interrompu, pour des raisons à ce jour inconnues.

Trois générations plus tard et à plusieurs milliers de kilomètres de là, Citizen Kane sort en salle aux États-Unis. Inspiré de la vie de... William Randolph Hearst (!), le film débute par la mort d'un magnat de la presse, Charles Foster Kane, dans son manoir de Xanadu. L'homme, qui espérait faire carrière en politique, était l'époux de la nièce du président. Un journaliste décide de mener sa propre enquête...

Extraordinairement troublant, non !?

Le numéro suivant de CHRONIQUE INUTILE DU VENDREDI (La) vous causera d'autre chose.




 

vendredi 10 juin 2016

N°24 - MM Beau Coût

Cette chronique est inutile, car elle ne procure ni gain, ni bénéfice.

Mais d'inutile, votre vie peut devenir une vie inutile dans le bon sens, et cela grâce à mon intervention. J'en suis capable.  

Je peux par exemple vous offrir la garantie du retour immédiat de l'être aimé, ou s'il n'est jamais arrivé, la garantie de la rencontre immédiate de l'être aimé, car les relations interpassionnelles1, j'en fais mon affaire. Et tout cela dans le bon sens, car je suis magicien de l'Amour.

Mais pas seulement. 

Je désenvoute de père en fils aussi, et mes désenvoûtements sont définitifs. Je suis gentil dans le bon sens, convaincant et efficace. Je vois beaucoup, et grandement, car je suis Grand Médium

Et Voyeur.

Je ne prends pas d'Argent avant que vous ayez foi en moi et aux signes. 
Pour les résultats, c'est trois jours.

Je réussis là où les autres échouent, ce qui surprend bien, en général. Mais comme les autres sont des charlatans, en général, "ceci explique cela"...

Je parle plusieurs langues et je comprends celles que je ne parle pas. J'identifie et j'envoûte votre envoûteur aussi si vous le voulez, et dans le bon sens toujours, car personnellement, je ne trouve pas très... "joli, joli" le fait d'envoûter les autres.

Et si jamais vous êtes du genre incrédule, je peux vous rendre crédule en trois minutes. Là non plus, vous ne payez rien avant d'avoir obtenu ce résultat, qui procure le bonheur de lâcher prise (souvenez vous : il n'est jamais bon pour la santé de rester à la fois envoûté et tendu !).

Je reçois dans mon cabinet de 8h à 20h ou plus, car je ne compte pas mes heures pour aider. Discrétion assurée. 

Pour une prise de contact gratuite et cent engagements, laissez un commentaire à mon ami Ig, qui transmettra.

Ce cher Ig en profite d'ailleurs pour vous informer que le numéro suivant de CHRONIQUE INUTILE DU VENDREDI (La) vous révèlera une anecdote troublante sur un grand classique du cinéma. 
Vous, vous en avez de la chance, quand-même !

1 Merci à Coach-A l'Amourière, qui est à l'Amour ce que la Guerrière est à la Guerre.

vendredi 3 juin 2016

N°23 - Pour une écriture authentique

Cette chronique est inutile, car elle ne procure ni gain, ni bénéfice. Elle est inutile, comme la virtuosité stylistique peut l’être sans nécessité, et je ne puis d'ailleurs que constater que je ne sais guère m’affranchir, en général, d’effets sans rapport ténu avec une nécessité.


Pour mieux m’en libérer, je devrais en venir à effacer cette projection mentale d’un lecteur-récepteur en écrivant pour moi – sans orgueil particulier toutefois ; sans  me comporter en Narcisse, mais de façon à rester ainsi au plus près d'une nécessité. Mais ma volonté est souvent trop faible pour ça...


Lorsqu’elle vise un plaisir, l’écriture ne produit pas le plaisir : elle le suscite. 
L’écriture doit ainsi préparer son dépassement pour que la réalité puisse vivre à travers ces re-présentations créatrices. Car elle ne transpose aucune réalité : elle est réalité en tant qu'elle est ce médium d’une dynamique d’interprétations.

Bien au-delà de la seule raison, l’écriture se rapporte à la vie pulsionnelle, et tout cela fait qu'il m’est bien difficile de ne pas pervertir la logique authentique de ce que je veux écrire.


Emporté dans le présent mouvement, je t’ai d’ailleurs… oublié quelques minutes, toi qui me lis, et ce petit résultat me rend joyeux, et toi un peu avec moi je l’espère - si toutefois tu partages un peu de ce que j’ai tenté d’exprimer ici !

Le numéro suivant de CHRONIQUE INUTILE DU VENDREDI (La) te causera de désenvoûtement.